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Retenir le vocabulaire anglais : la méthode des mots-clés

Pour un francophone, l’anglais a un air de famille : table, restaurant, possible, on croirait presque lire du français. Et pourtant, la liste de vocabulaire apprise dimanche soir s’est évaporée mercredi. Ce n’est pas un défaut de mémoire : c’est ainsi que la mémoire traite une suite de sons sans point d’accroche. Voici ce qui marche, et pourquoi, d’après la recherche.

Pourquoi on oublie si vite

Hermann Ebbinghaus a été le premier à mesurer l’oubli. Il apprenait lui-même des listes de syllabes sans signification, puis mesurait l’effort nécessaire pour les réapprendre. Une heure après, il lui fallait déjà fournir environ la moitié du travail initial. Ensuite, l’oubli ralentissait nettement : au bout d’un mois, un cinquième du travail restait acquis (Ebbinghaus, 1885).

Deux leçons. L’essentiel de l’oubli se joue dans les premières heures et les premiers jours. Et un mot étranger tout neuf, pour la mémoire, ressemble beaucoup à une syllabe sans signification : tant que rien ne le rattache à ce que vous savez déjà, il ne tient pas.

La méthode des mots-clés

Dans les années 1970, à Stanford, Richard Atkinson et Michael Raugh ont testé une méthode mnémotechnique précise, dite des mots-clés. Elle construit un pont en deux étapes. D’abord le son : un mot de votre langue qui ressemble au mot étranger, ou à une partie de celui-ci. Ensuite l’image : une scène où ce mot-clé et le sens du mot étranger agissent ensemble.

Leur exemple venait du russe. Zvonok veut dire cloche et sonne un peu comme l’anglais oak, le chêne : on imagine donc un chêne dont les glands sont remplacés par de petites clochettes. Dans l’expérience, 52 étudiants ont appris 120 mots russes. Au test du lendemain de la dernière séance, ceux qui avaient reçu des mots-clés ont retrouvé 72 % des mots, contre 46 % pour ceux qui apprenaient à leur manière. Environ six semaines plus tard, ils restaient devant (Atkinson & Raugh, 1975).

Ce qui fait un bon mot-clé

  • Partez de la prononciation, jamais de l’orthographe. C’est le piège de l’anglais pour un francophone : though, through et tough s’écrivent presque pareil et ne se prononcent pas du tout pareil. Écoutez le mot avant de lui chercher un mot-clé.
  • Faites agir les deux ensemble. Un nuage à côté d’un clou s’oublie. Un nuage pendu à un clou, non.
  • Terminez sur le sens. L’image doit mener à « nuage », pas seulement au son « clou ».
  • Une phrase suffit. Si l’association demande une explication, elle ne reviendra pas d’elle-même au bon moment.

Les mots transparents, et les faux amis

Une bonne partie du vocabulaire anglais vous est déjà familière : important, information, possible, restaurant. Il suffit d’en apprendre la prononciation. Méfiez-vous en revanche des faux amis : actually veut dire « en fait », pas « actuellement » ; une library est une bibliothèque, pas une librairie ; sensible veut dire raisonnable ; et eventually signifie « finalement ». Pour ceux-là, le mot-clé est tout trouvé : c’est justement le faux ami qu’il faut mettre en scène, dans une image qui le contredit.

Se tester plutôt que relire

Une association aide à retenir un mot la première fois. Pour qu’il reste, il faut aller le rechercher en mémoire. Jeffrey Karpicke et Henry Roediger ont fait apprendre à des étudiants 40 mots swahilis avec leur traduction anglaise. Ceux qui continuaient à être interrogés sur tous les mots, même déjà sus, en retrouvaient environ 80 % une semaine plus tard. Ceux qui n’étaient plus interrogés sur un mot une fois trouvé n’en retrouvaient que 36 % ou 33 %, même en continuant à le relire. Et tous les groupes pensaient en retenir à peu près la moitié : on ne sent pas, de l’intérieur, quelle méthode fonctionne (Karpicke & Roediger, 2008).

Concrètement : cachez la traduction et cherchez-la avant de vérifier. D’abord de l’anglais vers le français, puis dans l’autre sens, plus difficile, et indispensable pour parler.

Espacer les révisions

Une synthèse de 317 expériences montre qu’il vaut mieux répartir l’apprentissage que le concentrer, et que plus on veut retenir longtemps, plus l’intervalle idéal entre deux révisions s’allonge (Cepeda et al., 2006). Dans une étude ultérieure sur plus de 1350 personnes, l’intervalle idéal représentait environ 20 % du délai avant le test quand celui-ci avait lieu quelques semaines plus tard, et environ 5 % pour un test un an plus tard (Cepeda et al., 2008). On y apprenait des faits plutôt que des mots, mais l’idée vaut pour le vocabulaire : revoir un mot le lendemain, puis après quelques jours, une semaine, et ainsi de suite.

Par quels mots commencer

En anglais, les 1000 familles de mots les plus fréquentes représentent 78 % à 81 % des mots d’un texte écrit, et 81 % à 84 % de l’oral (Nation, 2006). Commencez donc par les mots fréquents, et gardez les mots rares pour plus tard. Combien en faut-il en tout ? Nous y avons consacré un article : combien de mots faut-il connaître pour parler une langue.

Comment fait associlang

Notre cours d’anglais pour francophones classe les mots selon leur fréquence réelle, jusqu’à 3000. Chaque mot a son audio avec l’accent natif, une image et une phrase qui relie sa sonorité à son sens, et un mot que vous connaissez déjà est signalé comme tel. Ensuite, chaque mot revient juste avant que vous ne l’oubliiez, avec des questions de plus en plus exigeantes : le reconnaître, l’entendre, puis le retrouver à partir de son sens.

Sources

  1. Ebbinghaus, H. (1885). Über das Gedächtnis. English: Memory: A contribution to experimental psychology (H. A. Ruger & C. E. Bussenius, Trans., 1913).
  2. Atkinson, R. C., & Raugh, M. R. (1975). An application of the mnemonic keyword method to the acquisition of a Russian vocabulary. Journal of Experimental Psychology: Human Learning and Memory, 1(2), 126–133.
  3. Karpicke, J. D., & Roediger, H. L. (2008). The critical importance of retrieval for learning. Science, 319, 966–968.
  4. Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T., & Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354–380.
  5. Cepeda, N. J., Vul, E., Rohrer, D., Wixted, J. T., & Pashler, H. (2008). Spacing effects in learning: A temporal ridgeline of optimal retention. Psychological Science, 19(11), 1095–1102.
  6. Nation, I. S. P. (2006). How large a vocabulary is needed for reading and listening? The Canadian Modern Language Review, 63(1), 59–82.

Essayez sur de vrais mots anglais

Notre cours d’anglais commence par les mots les plus fréquents et va jusqu’à 3000, chacun avec l’audio avec l’accent natif, une image et une phrase qui relie son son à son sens.

L’inscription est gratuite, sans carte bancaire, et vos 100 premiers mots sont inclus.