Apprendre l’hébreu moderne : par quels mots commencer ?
L’hébreu moderne impressionne au premier regard : un autre alphabet, une écriture de droite à gauche, et presque pas de voyelles écrites. Pourtant, un francophone part avec plus d’avantages qu’il ne le croit, à commencer par la prononciation. La vraie question est ailleurs : avec quels mots commencer pour que chaque heure d’étude serve vraiment ?
Ce que vous savez déjà prononcer
L’hébreu moderne n’a que cinq voyelles, a, e, i, o et u, et toutes existent en français. Le ר, la lettre « r », se prononce le plus souvent au fond de la gorge, comme le r français. Le seul son vraiment nouveau est celui de ח, et de כ dans beaucoup de mots : un son frotté au même endroit, mais sans voix, comme un r français chuchoté (Wikipedia : Modern Hebrew phonology).
L’alphabet, sans attendre de le maîtriser
L’alphabet hébreu compte 22 lettres, dont cinq changent de forme en fin de mot, et s’écrit de droite à gauche. Les voyelles sont en général absentes : un système de points et de traits, le nikoud, permet de les noter, mais on ne l’emploie guère que dans les livres pour enfants, la poésie et les textes pour apprenants (Wikipedia : Hebrew alphabet).
Conséquence pratique : apprenez chaque mot avec son son, enregistrement ou transcription, car l’écriture ne vous dira pas comment le prononcer. Et apprenez les lettres en même temps que vos premiers mots, pas avant. Lire des mots que vous connaissez déjà est le meilleur exercice de lecture qui soit.
Les mots que vous connaissez déjà
L’hébreu moderne a adopté beaucoup de mots internationaux. Vous reconnaîtrez vite קָפֶה kafé, שׁוֹקוֹלָד chokolad, טֶלֶפוֹן téléfon ou אוּנִיבֶרְסִיטָה ouniversita. Ils ne coûtent presque rien à apprendre et servent d’entraînement à la lecture : vous savez ce qui est écrit, vous pouvez donc vérifier que vous avez bien déchiffré les lettres.
Les racines : un mot en apprend un autre
La plupart des mots hébreux reposent sur une racine de trois consonnes, parfois quatre, coulée dans un schéma de voyelles et de lettres ajoutées. Les verbes se répartissent en sept schémas, les binyanim (Wikipedia : Modern Hebrew grammar). Prenez la racine s-f-r :
- סֵפֶר sefer, un livre ;
- סִפְרִיָּה sifriya, une bibliothèque ;
- סוֹפֵר sofer, un écrivain ;
- לְסַפֵּר lessaper, raconter.
Notez la racine de chaque mot appris. Le deuxième mot de la même famille est déjà à moitié su, et un mot inconnu laisse souvent deviner son sens.
Les premiers mots à apprendre
Dans toutes les langues étudiées, une poignée de mots très fréquents forme l’essentiel de ce qu’on dit et écrit (Piantadosi, 2014). Nous n’avons pas trouvé d’étude publiée qui chiffre ce phénomène pour l’hébreu, donc pas de pourcentage ici, mais le principe tient : commencez par les mots que vous croiserez sans arrêt. La grammaire aide à les choisir.
- En général, pas de verbe « être » au présent. אֲנִי סְטוּדֶנְט ani stoudent veut dire « je suis étudiant », mot à mot « moi étudiant ». Les pronoms passent donc avant tout : ani je, ata tu (à un homme), at tu (à une femme), hou il, hi elle, anakhnou nous.
- Pas de verbe « avoir ». « J’ai un chien » se dit יֵשׁ לִי כֶּלֶב yech li kelev, « il y a à moi un chien ». Yech (il y a) et eïn (il n’y a pas) font partie des tout premiers mots.
- Les questions : ma quoi, mi qui, eifo où, lama pourquoi.
- Les petits mots : ken oui, lo non, gam aussi, chel de, toda merci, bevakacha s’il vous plaît.
Faire tenir les mots
La méthode des mots-clés relie le son du mot nouveau à un mot de votre langue, puis le sens à une image. Elle a été testée sur une langue qu’aucun des étudiants n’avait étudiée, le russe : avec des mots-clés, ils ont retrouvé 72 % des mots le lendemain, contre 46 % sans (Atkinson & Raugh, 1975).
Ensuite, interrogez-vous au lieu de relire : dans une étude sur des mots étrangers, ceux qui continuaient à se tester en retrouvaient environ 80 % une semaine plus tard, contre 36 % pour ceux qui s’étaient contentés de relire (Karpicke & Roediger, 2008). Revoyez chaque mot le lendemain, puis à intervalles de plus en plus longs. Nous détaillons cette routine dans notre article sur la méthode des mots-clés, écrit pour l’anglais mais valable pour toutes les langues.
Le cours d’associlang
Notre cours d’hébreu moderne pour francophones classe les mots selon leur fréquence réelle, jusqu’à 3000. Chaque mot a son audio avec l’accent natif, pour que l’absence de voyelles ne vous bloque jamais, ainsi qu’une image et une phrase qui relie son son à son sens. Les mots que vous connaissez déjà, comme chokolad, sont signalés comme tels.
Sources
- Wikipedia: Hebrew alphabet.
- Wikipedia: Modern Hebrew phonology.
- Wikipedia: Modern Hebrew grammar.
- Piantadosi, S. T. (2014). Zipf's word frequency law in natural language: A critical review and future directions. Psychonomic Bulletin & Review, 21(5), 1112–1130.
- Atkinson, R. C., & Raugh, M. R. (1975). An application of the mnemonic keyword method to the acquisition of a Russian vocabulary. Journal of Experimental Psychology: Human Learning and Memory, 1(2), 126–133.
- Karpicke, J. D., & Roediger, H. L. (2008). The critical importance of retrieval for learning. Science, 319, 966–968.